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Le cri de cœur de Prigogine Ngezayo Albert : « malgré son importance mondiale,le parc national des Virunga poursuit sa descente aux enfers »

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Soucieux de la protection du parc national des Virunga,Albert Prigogine Ngezayo a accepté de se confier à Raphaél Kiwongi Matondo pour lancer un cri de cœur sur la désastreuse situation qui s’y est installée depuis l’arrivée massive des réfugiés rwandais et qui s’est empirée avec la guerre de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo,AFDL. Cet entretien a été réalisé au mois de février 2000 à l’hôtel Masques de Goma. Tasse de café à la main et cigare de l’autre,le Cherif de Goma m’a laissé la nette impression d’un homme incompris. Pourtant,sa longue passion de la nature et son expérience devaient amener les autorités à prendre en compte ses avis. Hélas,ce monument de la nature n’est plus. Il a été abattu par des hommes en armes non autrement identifiés voilà de cela plus d’une décennie. Ériger un monument en sa mémoire ne peut que valoriser son combat pour la protection du merveilleux parc national des Virunga que le téméraire belge Emmanuel Demerode tente de sauver de la destruction sans le concours des autochtones pourtant premiers bénéficiaires de nombreux et importants  investissements projetés et déjà réalisés dans le Rutshuru. Même les autorités provinciales voire nationales semblent ne pas y accorder de l’intérêt depuis la fin du long règne du maréchal Mobutu qui s’y rendait régulièrement. Cette négligence fait perdre au trésor public et à la province du Nord-Kivu d’importantes recettes en devises fortes que pouvaient rapporter l’arrivée des touristes en provenance des quatre coins du monde. Seuls les grands hôteliers de Goma notamment Vanny Bishweka, Victor Ngezayo,… ont aujourd’hui la capacité de trouver les voies et moyens d’attirer les touristes et de contribuer efficacement à leur sécurisation. Ce qui n’est pas un rêve pieux malgré l’indifférence des ressortissants des territoires de Rutshuru et de Nyiragongo. RKM

Merci Raphaél de l’occasion que vous m’offrez pour parler du parc national des Virunga. C’est une affaire qui m’intéresse depuis de nombreuses années. Le parc des Virunga a été créé par le Roi Albert en 1925. Il a été fortement impressionné par le Yellowstone Parc aux États-Unis qu’il visita à cette époque. Le Parc Albert,c’était la première dénomination du Parc des Virunga,comptait parmi les sept merveilles du monde. À cause de l’arrivée massive des réfugiés rwandais en 1994,le Parc des Virunga a perdu son auréole d’antan.À sa création,le Parc des Virunga fut habité par les autochtones. Cette population vivait de la chasse,de la pêche et de la cueillette.Dans l’intérêt du développement du Parc des Virunga,les colonisateurs ont préféré encourager la population à s’adonner exclusivement à la pêche dans le lac Édouard afin d’épargner les différentes espèces animales pour lesquelles de milliers des touristes n’ont pas hésité,un seul instant,de prendre la route du Kivu.Avec le temps,il s’est révélé que ce choix n’était pas bien indiqué. Il eut failli offrir autre chose à la population locale.Le développement du Parc des Virunga s’est effectué sans difficulté jusqu’à la deuxième guerre mondiale. L’accalmie observée dans les années 50,a favorisé la relance des activités du Parc des Virunga entre 1950 et 1957.Avec le temps, l’environnement immédiat du Parc des Virunga a commencé à être menacé par la population qui n’a pas pu tirer profit des recettes réalisées par le Parc.Faute d’espace suffisant et avec l’augmentation de la population,la protection du Parc devient problématique au fil des années. Pourtant,il était possible d’éviter cette situation en utilisant rationnellement l’argent du Parc,tout en mettant en place des microprojets pour la population environnante.Bien que le manque d’espace des cultures vivrières pour la population se pose avec acuité,il est encore possible de résoudre cette situation en trouvant des espaces habitables pour la population environnante à l’intérieur de la province.Le Parc des Virunga étant l’une de grandes ressources des devises de la République Démocratique du Congo,il y a lieu de le protéger pour garantir un développement rapide de la province du Nord-Kivu.S’il est établi que jusque dans les années 60,la population ne mangeait pas beaucoup des gibiers comme aujourd’hui,cela est la conséquence du respect rigoureux de la Loi en matière de la conservation de la nature. Ce qui n’est pas le cas depuis une vingtaine d’années. Pourtant,ce ne sont pas les troubles qui ont manqué en ce temps-là. Depuis les deux dernières guerres,le Parc des Virunga connaît une situation très déplorable qui nécessite des solutions urgentes. C’est un véritable désastre qui ne préoccupe malheureusement pas les autorités chargées de sa protection. Malgré toutes les démarches entreprises pour conscientiser les responsables nationaux et d’autres personnes de bonne volonté à travers le monde,la situation du Parc des Virunga s’empire du jour au lendemain.En 1994,le Parc des Virunga s’étant trouvé dans une situation financière catastrophique, j’ai été dans l’obligation d’entreprendre quelques actions de dernière minute pour sauver ce patrimoine mondial. Toutes les recettes réalisées par le Parc étaient détournées par les gestionnaires. Et l’arrivée massive des réfugiés rwandais a aggravé une situation déjà déplorable. Les armes de toutes sortes détenues par les réfugiés rwandais,ont compliqué les choses.Jusque-là contenu dans une proportion acceptable,le braconnage a connu une intensification regrettable dans tout le sens. C’était insupportable de ne devoir rien faire pour la protection du Parc qui n’avait jamais été exposé à un pareil gâchis sous les regards complaisants des humanitaires.Je n’oublierai pas de sitôt le massacre d’une centaine d’hipopotames en janvier 1995. Ce désastre m’a obligé de solliciter l’intervention d’une douzaine de commandos que j’ai totalement pris en charge pendant trois ans.Cette action a provoqué l’arrêt momentané du massacre des animaux mais c’était sans compter avec la gloutonnerie des militaires du camp Rumangabo qui raffolaient de la viande du gibier du Parc des Virunga. Leur non-paiement les a poussé à pratiquer le braconnage pour s’exercer dans le commerce illégal. Peine perdue car j’ai vite constaté que tous les officiels raffolent du gibier dont la sauce fait honneur à leurs tables.Ainsi,les buffles,les hippopotames et tant d’autres espèces animales ont continué à être les victimes d’un braconnage sans pareil dans le Parc des Virunga. Les correspondances adressées au président Museveni et au vice-président Kagame du Rwanda,sont restées lettres mortes. Le mauvais comportement de leurs militaires a fini par officialiser la chasse des animaux du Parc des Virunga. De 30000 hippopotames en 1996,on est passé à 2500 voire 3000 à ce jour. C’est au-delà d’un crime. La situation n’a fait que s’aggraver depuis la deuxième guerre de 1998.À l’abattage systématique des animaux s’est ajouté curieusement le lotissement d’un patrimoine mondial au grand étonnement des amoureux de la nature. Pour élever le bétail,faut-il vraiment lotir un domaine réservé et protégé par la loi ? C’est à croire que les autorités congolaises ont perdu le sens de l’État au profit des intérêts tribaux et partisans.À travers le monde,le tourisme a atteint un haut niveau de rendement tel que les économies de plusieurs pays reposent sur cette industrie d’une portée appréciable.En parcourant un document produit par la Société Financière Internationale,une branche de la Banque mondiale,en 1995, l’industrie touristique dans le monde a apporté 4000 milliards 600 millions USD sur les services rendus. Par contre, l’exploitation de ce secteur au Congo Kinshasa reste tributaire de l’ignorance de ces gestionnaires et de la distraction des autorités politiques,qui font perdre de millions USD au trésor public d’une manière scandaleusement ridicule. C’est une irresponsabilité suicidaire pour l’économie d’un pays appauvri par l’incompétence de ses dirigeants. Ailleurs,le touriste dépense de l’argent pour admirer la nature et voir courir l’antilope. Au Congo,rien n’est fait pour rentabiliser le tourisme depuis une quarantaine d’années.Le Parc des Virunga est plus qu’une merveille au monde. C’est un véritable microcosme qui renferme des espèces rares. À côté des antilopes, des buffles,des hippopotames et des grandes variétés des oiseaux,il existe les gorilles des montagnes qu’on ne trouve nulle part ailleurs sauf en Ouganda et au Rwanda voisins. Bien exploité,la visite des gorilles des montagnes rapporte de millions USD dans les caisses de l’État d’une façon régulière, mais,il faut mettre en place une petite organisation sécuritaire capable de rassurer les touristes qui s’impatientent au lieu de prendre des mesures inutiles de la fermeture du tourisme sans raisons évidentes.Entre 1983 et 1985,on a espéré recevoir près de 10000 touristes. Hélas,rien de tel n’a été rendu possible. Toute fois,de 1986 à 1987,les recettes de l’ordre des 1500000 USD ont été réalisés. Il est encore possible de réaliser ces recettes et même de les dépasser,mais le pouvoir local refuse de le comprendre.Les animaux sont comme les hommes. Il y a des espèces qui vont se reproduire très rapidement comme les hippopotames à condition de prendre toutes les dispositions qui s’imposent pour protéger l’environnement immédiat du Parc des Virunga. Toute affaire cessante,il faut remettre le Parc des Virunga dans ses droits bafoués actuellement avec la distribution anarchique des parcelles pour servir d’élevage et des cultures vivrières.
Le braconnage appuyé par les militaires de diverses tendances est nuisible à la relance des activités touristiques. Ce qui exige des mesures policières exceptionnelles dans le strict respect de la loi congolaise en matière de la conservation de la nature. C’est possible si les autorités civiles et militaires tiennent à s’y impliquer sérieusement. L’heure n’est plus aux justifications politiciennes inutiles et idiotes.La destruction de la faune bien que d’importance considérable,peut encore faire l’objet d’une réhabilitation grâce aux financements des organismes internationaux qui se livrent présentement aux actions insensées. Savez-vous que d’énormes sommes d’argent destinées aux parcs nationaux de la RDC prennent des destinations inconnues ? Les séminaires et les ateliers de formation organisés pendant la guerre n’ayant aucun impact immédiat sur la protection de ces parcs ou sur leur développement,il ne faut pas être dupes pour comprendre la démarche poursuivie par les organismes qui profitent très largement de l’ignorance si pas de l’égoïsme des congolais.Avec une centaine de militaires mis entièrement à la disposition de la relance du tourisme et leur prise en charge par le trésor public,il y a toujours moyen d’arrêter le processus de la destruction qui condamne le Parc des Virunga à la disparition dans un avenir très proche.

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